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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

SUR QUELS PAYS PARIER EN 2017 ?

 

Chine, Inde, Corée du Sud, Thaïlande, Malaisie, Vietnam, la région réserve des surprises au moment où la politique protectionniste revendiquée par Donald Trump aux États-Unis risque de rebattre les cartes du commerce mondial.

 

Les derniers seront les premiers.
La Chine a vu son commerce extérieur reculer en 2016 avec une baisse de 7,7% de ses exportations et de 5,5% de ses importations. Certes, sa part dans le PIB (produit intérieur brut) du pays ne cesse de diminuer -elle est tombée de 66% en 2006 à 40,7% en 2015, selon la Banque mondiale-, et le gouvernement chinois veut rééquilibrer sa croissance vers les services et les technologies de pointe. Mais les tensions accrues avec les États-Unis, son deuxième partenaire après l'Union européenne, nées avec l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, font craindre une véritable guerre économique entre les deux géants.
Cela risque d'inciter les entreprises américaines à re-localiser leurs sites de production chinois outre-atlantique au moment où la Chine se présente en championne du libre-échange, comme l'a martelé le président Xi Jinping au Forum économique mondial de Davos, en Suisse.
Stimuler l'économie chinoise
Pékin peut s'enorgueillir d'une croissance prévue à 6,5% en 2017 et 2018, bien supérieure à la croissance mondiale, qui ne dépassera pas 2,7% cette année selon la Banque mondiale. Mais le pays pourrait ne pas remplir son contrat, juge le cabinet de conseil Capital Economics s'il n'engage pas assez de mesures pour stimuler l'économie. Auquel cas la croissance chinoise pourrait tomber à 5% en 2017 et à 4,5% en 2018.
Même Hongkong, la région administrative spéciale qui lui est politiquement inféodée mais garde son indépendance économique, ne l'aidera pas à tirer son épingle du jeu. Sa productivité baisse, les élections du 26 mars prochain font craindre de nouvelles manifestations violentes anti-Pékin qui peuvent déstabiliser le territoire. Résultat Capital Economics le crédite d'une croissance de 2% en 2017 et de 1,5% en 2018.
L'Inde vraie rivale
En face, l'Inde se pose de plus en plus comme le vrai rival des Chinois. L'opération surprise de démonétisation de 45% des billets de banque en circulation pour lutter contre la fraude et la corruption, en novembre dernier, a secoué le pays. Et elle va peser encore quelques mois sur le pays. Mais le gouvernement continue ses réformes structurelles, transforme le marché du travail, réorganise la législation sur les terres et pousse les investissements privés, se félicite Capital Economics qui crédite le pays d'une croissance de 6,3% en 2017 et de 6,5% en 2018. Autant dire que le match Inde-Chine est aujourd'hui plus que serré.
Les "nouvellement industrialisés" s'essoufflent
Dans le même temps, les pays d'Asie dits "nouvellement industrialisés" vont s'essouffler. La Corée du Sud est empêtrée dans une crise politique qui voit la mise à l'écart de sa présidente, Park Geun-hye. Elle pèse sur la confiance des entreprises et des consommateurs. Elle paralyse les décisions économiques alors que ses chantiers navals sont en pleine restructuration. Les "chaebols", les grands conglomérats, sont accusés de corruption et certains de leurs dirigeants menacés de prison. Résultat, de 2,5% en 2016, sa croissance va stagner à 2% en 2017 et 2018. Singapour, trop tributaire de la conjoncture internationale, n'arrive pas à redécoller et stagne à 1,5% de croissance contre 6% en moyenne annuelle entre 2005 et 2014. Même chose pour Taïwan (1,5% en 2017 et 2018) qui se voit de plus en plus concurrencée par la Chine continentale au fur et à mesure que les usines de cette dernière montent en gamme. Et dans ces trois pays la population vieillit, pèse sur les perspectives d'emplois et menace les systèmes de protection sociale.
La Thaïlande déçoit
Ce sont les plus faibles qui vont tirer les marrons du feu.
L'Indonésie profite de la hausse des prix des matières premières, du charbon et du pétrole, qui gonfle ses revenus à l'exportation. Le gouvernement en profite pour améliorer les infrastructures déficientes du pays. Il a modifié ses lois l'an dernier pour recommencer à attirer les investisseurs étrangers. Cette politique commence à porter ses fruits. Le pays va connaître ainsi une croissance de 5% en 2017 et 2018. A peine en dessous (4,5%), la Malaisie reprend du poil de la bête. Avec ses parcs industriels, elle se pose ouvertement en rivale de Singapour dans les hautes technologies. Et elle se rêve en carrefour de la finance islamique en Asie.
Alors que la Thaïlande déçoit, avec une croissance prévue à 3% en 2017 et à 2,5% en 2018 faute d'arriver à booster ses entreprises pour moins dépendre de ses exportations, les Philippines explosent malgré les incertitudes politiques qui entourent l'arrivée au pouvoir de Rodrigo Duterte. Mais ce dernier a su déléguer les pouvoirs économiques à son ministre des finances pour rassurer les investisseurs, souligne Capital Economics et les fondamentaux du pays sont bon, ce qui devrait lui valoir une croissance de 6,5% en 2017 et de 6% en 2018. En outre, contrairement à plusieurs de ses voisins, la population est jeune.
La Birmanie, champion toutes catégories
Score encore meilleur pour le Laos (7,5% de croissance en 2017 et en 2018), notamment grâce à ses projets hydro-électriques (pas moins de 20) et ferroviaires qui devraient attirer les étrangers, et pour le Cambodge (7% de croissance en 2017 et en 2018) dont les bas coûts de production attirent les entreprises du monde entier, à commencer par celles de la Chine. Chine qui délocalise massivement dans la région, notamment a Vietnam (7% de croissance en 2017 et 6% en 2018) dont les chaînes de production deviennent de plus en plus sophistiquées.
Mais le champion toutes catégories reste la Birmanie où le nouveau gouvernement civil a réussi contre toute attente à maintenir la stabilité politique. Les États-Unis ont levé leurs sanctions économiques sur le pays et ses responsables se sont engagés dans un vaste programme de réformes de l'économie. A tel point que la Birmanie pourrait devenir demain le grand vainqueur des délocalisations chinoises, affirme Capital Economics, qui lui prévoit la plus forte croissance en Asie: 7,5% en 2017, 8% en 2018.
 
 
Arnaud Rodier, janvier 2017