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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

COMMENT TRUMP A FAIT MACHINE ARRIÈRE EN CHINE

 

La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine n'aura pas lieu. Du moins pas pour le moment. Donald Trump a trop besoin de Xi Jinping pour conforter son bras de fer avec la Corée du Nord.

 

Un défilé militaire, le tir raté d'un missile balistique, mais pas de sixième essai nucléaire, le 105e anniversaire de la naissance de Kim Il-sung, premier dirigeant de la Corée du Nord, n'a pas eu de quoi faire trembler les États-Unis.
Cependant Donald Trump maintient que la "Corée du Nord est un problème" qui "sera traité" et que les "options militaires sont en train d'être étudiées". Ce à quoi le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un répond qu'il est prêt à riposter n'importe quand. Les bruits de bottes montent. "Un conflit pourrait éclater à tout moment", prévient la Chine. Mais celle-ci d'ajouter, contrairement à Washington, que "le dialogue est la seule issue".
Afflux massif de réfugiés
Si les deux pays divergent profondément sur les moyens de convaincre Pyongyang d'abandonner son programme nucléaire, aux yeux des États-Unis, la Chine, principal soutien économique et diplomatique de la Corée du Nord, est la seule capable de faire revenir sa voisine récalcitrante à la raison. Mais Pékin rejette toutes les sanctions qui pourraient frapper la population nord-coréenne. Et donc la position de Donald Trump.
Un écroulement du régime de Pyongyang provoquerait un afflux massif de réfugiés en Chine et permettrait à l'armée américaine de s'installer à sa frontière, alors même qu'elle dénonce à cor et à cris le déploiement du bouclier antimissile "Thaad" (Terminal high altitude area defense) en Corée du Sud. Pas question pour la Chine que Trump "règle seul", comme il menace de le faire, le problème nord-coréen.
Volte-face
Le président américain n'est pas sourd. Il n'a pas non plus les moyens de mettre l'Asie à feu et à sang. Du coup, lui qui jetait Pékin aux orties, compose. Après avoir reçu Xi Jinping en Floride, il n'a plus l'intention de désigner la Chine comme un pays manipulant sa monnaie pour doper ses exportations. Il ne l'accuse plus non plus de voler des milliers d'emplois aux Américains. Une volte-face qu'il signe dans un entretien au Wall Street Journal, le quotidien des affaires. Et plus question d'imposer aux importations chinoises des surtaxes à hauteur de 45% comme il menaçait de le faire. Il met désormais en avant sa soudaine "bonne entente" avec le chef de l'État chinois.
Gagnant-gagnant
Si les États-Unis continuent, comme l'Union européenne, à refuser le statut d'économie de marché à la Chine, qui était prévu lui être accordé au sein de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) en 2016, Trump réalise qu'une confrontation n'a rien de bon pour personne. Nul, sans doute, en politique, mais rompu au monde des chefs d'entreprise, il prêche désormais pour une "coopération gagnant-gagnant".
Pékin a affiché une croissance de 6,9% au premier semestre de cette année. Et le pays représente un tiers de la croissance mondiale. Ses exportations repartent, mais, surtout, ses importations ont rebondi de 24%, illustrant bien la hausse de la demande intérieure du pays. Sur l'ensemble de 2017, le PIB (produit intérieur brut) chinois devrait progresser de 6,6%. Dans ces conditions, une guerre commerciale Chine-États-Unis n'a pas de sens.
Le pays va investir 355 milliards d'euros cette année dans les chemins de fer, les routes et les transports fluviaux. Mais, revers de la médaille, l'endettement chinois dépasse 260% de son PIB.
Moteur de croissance
"La Chine doit accélérer ses réformes pour restructurer ses groupes étatiques et consolider ses finances, afin de doper sa productivité et maintenir sa croissance", prévient la Banque asiatique de développement (BAD). Et d'ajouter: "la consommation restera en 2017 un grand moteur de croissance, appuyé par l'appréciation des salaires et par des dépenses accrues dans les systèmes de santé, d'éducation et de retraite". Mais à l'inverse, l'industrie "ralentira" et l'immobilier "s'essoufflera". La transition de la Chine vers les services et la consommation intérieure, au détriment des exportations et des industries lourdes n'est pas facile.
Gros bras
Néanmoins la BAD se dit confiante. "La dynamique de croissance chinoise a des fondations solides, le passage de ruraux paupérisés à la classe moyenne urbaine est loin d'être achevé, alimentant la consommation et la demande raisonnable pour la pierre".
La banque, au passage, pas rancunière, rejette tout esprit de concurrence avec la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures (BAII), crée de toutes pièces par la Chine. "Il y a nécessité de doubler les investissements dans les infrastructures en Asie et nous partageons un but commun. A nous de définir les modalités pour notre coopération".
Donald Trump aurait bien tort de négliger cette partie du monde, d'y vouloir jouer les gros bras et de croire que la Chine n'est qu'un pion qu'il pourrait manipuler comme il veut.
 
 
 Arnaud Rodier, avril 2017