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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LE "BREXIT" REBAT LES CARTES DU SOMMET DE TIANJIN EN CHINE

 

Plus de 90 pays, 1 700 hommes politiques, entrepreneurs et universitaires, se retrouvent dans la quatrième ville du pays. Mais la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne chamboule tout.

 

Le président Xi Jinping voulait en faire un symbole et une démonstration de force. La Chine accueille du 26 au 28 juin 2016 le Forum d'été de Davos à Tianjin. Environ 1 700 hommes politiques, entrepreneurs et universitaires s'y retrouvent.
Tianjin, à 150 kilomètres au sud-est de Pékin, sur la mer de Bohai, est le tremplin de la capitale pour les exportations. C'est la quatrième ville de Chine, derrière Pékin, Shanghai et Canton. Son port, face au Japon et à la Corée du Sud, se classe devant Anvers, Hambourg et Rotterdam. Le long de l'autoroute qui relie la municipalité à Pékin, les villes nouvelles dite "d'ouverture sur la côte" poussent comme des champignons. Airbus y possède une usine de montage d'A 320.
Quatrième révolution industrielle
Le thème du Forum est cette année "la quatrième révolution industrielle et son impact transformationnel". En chinois, le phrase sonne plutôt bien. En français c'est du jargon.
"Ce que l'on observe en ce moment est une bataille entre les nouvelles et les anciennes industries. Les anciennes se relâchent, c'est le cas des industries lourdes et des secteurs industriels ayant un fort besoin de main-d'oeuvre. Progressivement, les nouveaux secteurs se développent aussi bien dans le secteur industriel que dans celui des services, mais avec une forte valeur ajoutée et un technologie très développée entre autres", traduit Yiping Huang, professeur à l'université de Pékin.
Le Premier ministre Li Keqiang y assistera en personne.
Vitrine de l'innovation
Il s'agit pour lui de faire oublier les explosions de Tianjin en août 2015 dans un entrepôt chimique qui contenait plus de 2 400 tonnes de produits toxiques, qui ont fait 173 morts et plus de 800 blessés. Il s'agit aussi de faire de la ville une nouvelle vitrine de la "réforme et de l'innovation pour relancer la croissance", slogan qu'il brandit à chaque fois qu'il se rend en province.
Cela veut dire transformer les entreprises d'État, réduire les surcapacités inefficaces, balayer la production "obsolète" de l'acier et du charbon, viser de nouvelles zones de développement technologiques.
Il s'agit en outre de conforter la position de la Chine, dont la croissance faiblit, dans le reste du monde.
Investissements étrangers
Le ministère du Commerce se félicite du dernier rapport de la Cnuced (Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement) qui note que les investissements directs étrangers ont augmenté de 6,4% en 2015, pour atteindre 126,7 milliards de dollars. Dans le secteur des services, ils ont même bondi de 17,3% par rapport à 2014 et représentent désormais plus de 60% du flux total.
La Chine est le deuxième pays derrière les États-Unis à avoir reçu le plus d'investissements directs étrangers en 2015 (311 milliards de dollars avec Hongkong). Et, prise dans son ensemble, l'Asie reste, avec 541 milliards de dollars, le plus grand réceptacle pour les investissements étrangers, devant l'Europe (504 milliards) et l'Amérique du Nord (429 milliards).
Catastrophe pour Pékin et Tokyo
Mais elle est aussi le troisième plus grand investisseur dans le monde (183 milliards de dollars avec Hongkong), après les États-Unis (300 milliards) et le Japon (129 milliards).
Pour Pékin comme pour Tokyo, la sortie du Royaume-Uni de l'Europe est donc une catastrophe.
Ce pays est la principale destination des investissements chinois sur le Vieux continent. Les Chinois y ont dépensé plus de 70 milliards de dollars dans des fusions et acquisitions ces dix dernières années. Ils l'ont choisi comme tête de pont de leur développement européen. Xi Jinping, en visite officielle outre-Manche en octobre dernier, parlait d'une "ère dorée" pour les relations entre les deux pays. La Chine est, en nombre de projets, le quatrième investisseur étranger au Royaume-Uni. Nul doute qu'elle va maintenant sérieusement regarder ailleurs.
Même chose pour le Japon. L'archipel avait investi quelque 48 milliards d'euros en Grande-Bretagne en 2014. Il y dispose d'un millier d'entreprises qui emploient 140 000 personnes, essentiellement dans l'automobile. Les voitures qu'il fabrique sur place sont  écoulées sans problème sur le reste du marché européen. Mais qu'en sera-t-il demain?
Plans de repli
Ce sont ces questions qui monopolisent le sommet de Tianjin. Et balaient les grandes ambitions de Xi Jinping. L'agence officielle Xinhua, Chine nouvelle, ne cache pas son embarras en ne commentant pas le "Brexit", mais en donnant simplement le résultat du vote. Quant au Quotidien du Peuple, il s'inquiète ouvertement de la chute brutale des bourses asiatiques.
A Pékin, à Tokyo, à Séoul, à Singapour, tout le monde retient son souffle. Mais, dans leurs bureaux de verre et d'acier, les banquiers ont déjà commencé à préparer des plans de repli.
 
 
 
Arnaud Rodier, juin 2016