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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

TRUMP, UN MATAMORE EN CHINE

 

La nouvelle politique américaine vis à vis de la Chine semble une sorte de fanfaronnade qui oublie tout simplement de tenir compte des réalités économiques.

 

Donald Trump a beau placer la "Grande Amérique" avant toute autre chose, il n'en a pas moins envoyé une belle lettre au président chinois Xi Jinping pour lui souhaiter une bonne année du Coq et un joyeux festival des Lanternes, fête qui clôture en Chine les cérémonies du nouvel an.
Il a même dépêché sa fille Ivanka à la réception organisée par l'ambassadeur chinois à Washington. Ivanka dont le mari a été promu conseiller de Trump. Ivanka dont la marque de vêtements est aujourd'hui boycottée aux États-Unis par la chaîne des grands magasins Nordstrom au grand dam de son père qui clame sa fureur sur "Twitter", mélangeant allègrement sa fonction de président, sa famille et le monde des affaires.
Bras de fer
Après avoir vilipendé la Chine, accusée de sous-évaluer délibérément sa monnaie, le yuan, pour casser la concurrence étrangère, après avoir promis d'imposer une taxe de 35% sur toutes les importations chinoises sur son territoire, et tout en continuant de menacer d'attaquer Pékin s'il continue à construire des bases militaires en mer de Chine, Trump souhaite aujourd'hui établir des "relations constructives" avec l'Empire du Milieu.
Le journal chinois en langue anglaise "Global Times", organe du Parti communiste veut y voir un "signe positif" en marge des tensions entre les deux pays. "Nous comprenons que Donald Trump ait embrassé l'idée de "l'Amérique d'abord" pendant sa campagne électorale et l'ait utilisée vis à vis de la Chine. Mais dans le même temps, la Maison Blanche doit comprendre la politique de Pékin quand elle défend les intérêts chinois. Cette compréhension mutuelle servira les intérêts des États-Unis et de la Chine", écrit-il. Et d'ajouter: "la Chine respecte l'influence de l'Amérique dans le monde. Mais la Chine a grandi rapidement et a donc son mot à dire. Les États-Unis doivent aussi le comprendre".
Derrière les assauts d'amabilités, le bras de fer est bel et bien là.
Économie de marché
Les États-Unis refusent toujours d'accorder à la Chine le statut d'économie de marché. Mais en 2016 la croissance chinoise a atteint 6,6%, l'une des plus fortes du monde. La Chine est désormais la première puissance commerciale mondiale. Ses exportations ont totalisé 2 100 milliards de dollars l'an dernier et ses importations 1 590 milliards. Or, si son commerce extérieur représente plus de 40% du produit intérieur brut (PIB) du pays, plus de la moitié des exportations chinoises sont en fait réalisées par des entreprises à capitaux étrangers dont la part varie de 20% dans les biens intermédiaires à 60% dans l'électronique. Donald Trump ne peut pas se permettre de l'ignorer.
Délocalisations
Certes, la Chine connaît des problèmes. La dette des entreprises d'État atteint 145% du PIB, celle du secteur privé 210%, et la baisse du yuan par rapport au dollar, qui n'est pas seulement un avantage comme le disent les Américains, provoque une fuite des capitaux dans le pays. C'est pourquoi le gouvernement chinois veut rééquilibrer son modèle de croissance vers les services, les nouvelles technologies et la consommation intérieure.
Les entreprises étrangères implantées en Chine, à commencer par les entreprises américaines, comptent bien pouvoir en profiter. Seulement la politique anti-chinoise de Donald Trump, si elle se confirme, risque fort de les inciter à délocaliser leurs sites de production hors de Chine.
Un poignard sur la carte
Du coup, ironie du sort, face à une Amérique isolationniste, c'est Pékin qui se présente maintenant en champion du libre-échange. Un comble!
Alors, que peuvent bien valoir les voeux du nouvel an du président des États-Unis quand on sait qu'il vient de nommer Peter Navarro à la tête du Conseil du commerce américain, un économiste farouchement hostile à la Chine et notoirement opposé à tous les grands accords commerciaux internationaux?
Il est l'auteur d'un documentaire choc intitulé "Death by China", mort par la Chine, montrant notamment un poignard planté sur une carte des États-Unis avec du sang qui gicle.
Difficile de faire pire.
 
 
 
Arnaud Rodier, février 2017